En 1967 : Paul Corbeil a frôléla mort à Riverside Speedway. "J'étais
à préparer un poulet pour Paul. Je l'attendais pour souper. Il était 7 h 15.
Soudain, la sonnerie du téléphone me fît sursauter. Je reconnus la voix d'un
ami de mon mari. Il m'annonca : "Paul vient d'avoir un accident à
Riverside. On l'a transporté à l'hôpital Fleury. C'est pas bien
grave...."A ce moment précis, je crus que c'était un léger accident comme
il arrive souvent sur une piste de course, mais lorque l'homme au téléphone
me demanda : -Tu serais peut-être mieux d'appeler son père et de lui demander
de venir aussi. "Là, je commencai à m'énerver. "Je sautais dans un
taxi et quelques 20 minutes plus tard j'étais à l'hôpital Fleury. Lorsque je
vis Paul je fondis en larmes. Il était sans connaissance, la tête
enveloppée...il râlait. Je crus qu'il allait mourir. "Pourtant, avant de
partir pour la piste le midi, il m'avait rassurée en me disant qu'il ne courait
aucun danger en participant aux courses dites en "8". "On est
bien attaché, ne sois pas inquiète", m'avait-il dit." Épreuve diabolique. Nicole est
mariée depuis 3 ans. Paul, son mari, est un homme costaud à la carrure athlétique
: six pieds, 225 lbs. Un véritable athlète. C'est peut-être la puissance de
ses muscles qui lui a sauvé la vie. Mais le corps de ce jeune homme de ? ans
n'était pas moins déchiré, brisé et peut-être marqué pour la vie à la suite
de ce terrible accident. Pour mieux comprendre la violente catastrophe,
transportons-nous à la piste Riverside, dimanche, le 12 mai. Il est 4 h 25.
Les vieux gradins de la piste sont remplis à craquer. Le troisième quart du
programme est terminé, mais pas un seul spectateur ne quitte son siège. On
est venu à Riverside pour voir de l'action, pour goûter à la sensation et
justement dans quelques secondes, le "clou" de la journée, une
épreuve en "8" va commencer. Albert Edmond,
directeur des courses, lève le drapeau rouge, avertissant ainsi les
chauffeurs de se préparer à prendre le départ. Une vingtaine de vieilles
voitures sont alignées deux à deux. Les amateurs sont excités. L'énervement
est à son paroxime. On veut être témoins d'accident et cette course se
déroule exactement de facon à en produire. A l'arrière du
peloton, Paul Corbeil est aux commandes d'une Chevrolet 1952. Le "Pace
Car" augmente la vitesse et Edmond baisse le drapeau vert. C'est un
départ. De la piste à l'hôpital. Dans le
premier tournant, 5 voitures se tamponnent. Les autres contournent ces autos
et bientôt, les premières voitures croisent le cercle de la boucle. Corbeil,
toujours à l'arrière, semble avoir des difficultés. La Chevrolet n'avance
qu'à 10 où 15 mph., tandis que les autres filent à 30 où 35. Corbeil se
présente à son tour au centre de la boucle. Une auto, à sa droite, frappe la
sienne violemment. En plein dans sa porte. La violence du choc projette
Corbeil hors de sa voiture. Il roule sur la piste et se retrouve à quelques
20 pieds du mur de ciment, là où sont installés les officiels. La violence du
choc lui a fait perdre son casque protecteur. Immédiatement,
Edmond et ses assitants, André Therrien et Rodger Claridge, agitent les
drapeaux rouges indiquant qu'il y a danger. Edmond saute sur la piste, et en
deux occasions tente de tirer Corbeil, qui a perdu conscience, près du mur de
ciment. Sans succès cependant. Plusieurs
voitures se sont arrêtées. Il n'en reste que quelques-unes en marche. Soudainement,
en sortant de la boucle, un vieux "tacot" se précipite en ligne
doite sur Corbeil. Le chauffard tente d'éviter le corps inerte sur la piste.
Effectivement les roues de cette voiture ne toucheront pas Corbeil, mais le
chassis écrasé de l'auto roulera Corbeil sur plusieurs pieds, lui brisant
ainsi les membres et lui déchirant le corps. Aussitôt, l'ambulance
s'approche. On y installa le corps ensenglanté du chauffeur et on le dirige
en vitesse vers l'hôpital Fleury. Nicole Corbeil
nous avouera plus-tard : "Paul était très orgeilleux. Il ne reculait
devant rien. Il en était à sa première expérience dans les courses en
"8" à Riverside. Une première
expérience dont il se souviendra pour le reste de ses jours. "Il sen
sortira, il est si fort...." Mme Corbeil. A l'hôpital
Fleury, on diagnostique plusieurs fractures : Voici en détail ce dont souffre
aujourd'hui ce chauffard téméraire : Fracture au
niveau de l'épaule droite. Fracture du
bras droit. Fracture de la
cage thoracique droit. Fracture du
bassin. Oreille droite
arrachée. Quatre
fractures de la colonne vertébrale. Malgré ce
bilan peu rassurant, les médecins qui soignent Paul Corbeil sont confiants de
le remettre sur pieds. La
convalescence sera longue, bien sûr, mais l'important c'est de réussir à lui
redonner l'usage de tous ses membres. Nicole, sa femme, est également
confiante. Triste privilège. "Paul est
tellement fort que je suis sûr de le voir bientôt revenir à la maison",
affirme-t-elle. "On a
tellement besoin. Vous savez, nous n'avons pas été tellement chanceux depuis
quelques jours. Paul venait de commencer à travailler comme agent de la
sécurité à Terre des Hommes. Ca faisait 2 jours qu'il occupait ce poste.
Auparavant, plus précisément depuis le mois de décembre dernier, c'était le
chômage". Les Corbeil
vivent dans un petit logis de 4 pièces au 5363 de la rue Fabre. Ils sont les
parents d'une mignonne petite fille de 2 ans, Nathalie. Pour pouvoir
subsister durant les prochaines semaines, Nicole a déjà demandé et obtenu du
secours du Bien-Etre Social. Une assurance, prise par la direction de
Riverside, aidera à payer les frais médicaux ainsi qu'une partie du salaire
perdu par son mari à cause de cette catastrophe. Corbeil aura
le triste privilège d'être le 1er bénéficiaire d'une assurance nouvelle. En effet, une
clause protégeant les chauffeurs qui participent à ces courses en
"8" avait été acceptée par la compagnie Mutual of Omaha le 11 mai, soit
la veille du terrible accident. Corbeil
n'avait ni ceinture de sécurité ni chaîne pour barrer la porte. Pourquoi
n'observe-t-on pas les règlements ? "Sur toutes les pistes de courses
automobiles au monde, le danger existe. Que ce soit à Daytona, à Indianapolis,
à Mosport, à Mont- Tremblant où ailleurs, les conducteurs savent très bien
qu'ils risquent gros. Riverside Speedway ne fait pas exceptions". C'est Albert
Edmond qui parle. Edmond est directeur des courses à ce dernier endroit. Il
explique: "L'accident survenu le 12 mai à Paul Corbeil est malheureux.
Nous avons quand même continuer à présenter ce genre d'épreuve fort goûter du
public. Nous allons travailler sans relâche pour améliorer les normes de
sécurités qui doivent exister lors de ces dangereuses courses et nous allons
voir à ce que ces normes soient respectées". -M.Edmond, avez-vous
de la difficulté à trouver des conducteurs pour participer à ces courses ? "Pas du
tout, je vous dirais même que parfois on se tiraille afin de pouvoir conduire
une auto. Il y a souvent 30 à 35 conducteurs qui s'arrachent les 20 voitures
permises dans les courses en "8"." -Comment
pouvez-vous savoir que ces dangereuses épreuves plaisent et sont goûtées par
le public ? "Le
dimanche, de 10 h le matin, à 2 h de l'après-midi, je recois de 400 à 500
appels téléphoniques de gens qui s'informent s'il y a des courses en
"8" inscrites au programme. Lorsqu'il y a
des courses en "8" inscrites au programme, il y a foule. Lorsqu'il
n'y en a pas, il y a la moitié de spectateurs dans les estrades". On y va à ses propres risques. -Et la
responsabilité des dirigeants de la piste en cas d'accidents ? "Tous les
chauffeurs, officiels, mécaniciens qui posent le pied sur la piste doivent
signer une formule dégageant les propriétaires et les autres conducteurs de
toutes responsabilités en cas d'accidents. Exactement le même procédé qui
existe sur les autres pistes de courses automobiles". Edmond m'a
informé que deux épreuves en "8" auront lieu à Riverside. Il m'a
également fait lire les règlements concernant ces courses. Entre autres
celui-ci : "Le
conducteur devra avoir à ce que son automobile possède une ceinture de
sécurité. Que la porte du côté du conducteur soit soudée ou attachée avec une
chaine, d'au moins un quart de pouce et que le bout de cette chaine soit
attaché solidement". Dans les
améliorations que la direction de la piste entend apporter quant à la
sécurité concernant ce genre d'épreuve, nous suggérons qu'un responsable soit
nommé pour surveiller si effectivement les ceintures et la chaine sont
réellement installés par les conducteurs avant les courses en "8".
Si non, ces conducteurs devraient être mis hors courses. Sur son lit
d'hôpital, Paul Corbeil m'a déclaré : "Lors de l'accident, je n'avais ni
ceinture de sécurité, ni chaine qui attachait la porte du côté du
conducteur". Ce texte provient d’un journal mais le nom
est indisponible. Source : Envoyé par Christian
‘Ti-Gaz’ Genest |