LÉO SAMSON, fondateur du Circuit Mont-Tremblant....

adulé, puis bafoué.

 

On m'a souvent demandé ce qui m'avait conduit à construire une piste de course pour voitures. En général, je trouve l'histoire plutôt longue à raconter puisqu'elle remonte à 1919, année où mon père fit l'acquisition de sa première motocyclette, une Excelsior Enderson. Je n'étais âgé que de 4 ans alors, mais je me souviens parfaitement des émotions que nous procuraient, à mon frère Armand et à moi, les promenades dans le "side car".

 

Mon père apparenait à un club dirigé par la maison "Mr.Bryde"-aujourd'hui Bentley Cycle and Sports-et où travaille actuellement mon frère. Par la suite, papa nous amenait le dimanche au parc Delorimier de Montréal où se déroulaient des compétitions auxquelles il participait. C'étais l'époque des Lebeau, Ensfield, Jack Laviolette, "lecoq", etc. Mon frère, plus que moi, se passionnait pour la moto. Je préfèrais les automobiles.

 

Quand nous fûmes assez âgés, nous entreprîmes la tourné des pistes de course, Watkins Glen étant, bien entendu, notre endroit de prédilection. Photographe et dessinateur commercial, il m'était difficile de joindre les deux bouts en ce temps de dépression économique. D'autant plus que je m'étais marié. En 1940, une heureuse rencontre me permet d'obtenir un emploi de musicien dans un hôtel des Laurentides, dont le propriétaire n'était nul autre que le père de Peter Ryan.

 

Avec mon épouse, Gertrude, nous nous sommes mis à travailler dur et à amasser des sous. Je n'avais qu'un but: acheter des terrains afin d'y construire une piste de course. Je n'en parlait pas à ce moment là car il était beaucoup trop tôt. Puis, l'occasion se présenta de me "lancer en affaires", pour mon propre compte. Il s'agissait d'une petite cabane où on vendait des "hot-dog", l'été. L'établissement porte aujourd'hui le nom de "Chalt des Chûtes", (mon commerce).

 

L'idée d'une piste de calibre international ne me quittait pas. Et, vers 1958, j'entrepris une correspondance avec les directeurs de Watkins Glen. Entre-temps, épris de vitesse, j'avais construit un bateau de course de type hors-bord. L'hiver, faute de motoneige, je m'adonnais aux courses de chiens. Les chiens mourûrent en 1960 et j'étais blasé des embarcations. Pour calmer mon désir de vitesse, je pris des cours de pilotage d'avion. Mais les petits avions ne sont pas très rapides et je ne pouvais rien m'offrir d'autre.

 

Je résous le problème en etreprenant la construction de mon propre bolide. En 1970, le "Midget racer" est toujours dans la cave de mon établissement et j'achève de le construire. Le projet du circuit me hante toujours. Une année, j'organise un voyage à Watkins Glen parce que je veux montrer aux gens d'ici ce qu'est un tel projet. Mais la veille du départ, l'un tombe malade, l'autre doit voir à ses affaires, etc..et je décommande l'autobus. J'y "monte" seul.

 

Pendant ce temps, Peter Ryan avait grandi. Un jour, il vint me voir pour que j'incite sa mère à lui acheter une motocyclette. Avec ou sans moi,il l'a eu sa moto mais inutile de vous dire que la saison suivante le moteur était "brulé" et la moto remplacée par une plus puissante. A mon grand plaisir, Peter se montre plus intéressé par la course automobile que par la moto. Il lui arrive souvent de venir me voir et nous parlons pendant de longues heures de la course automobile. Ses débuts à St-Eugène et ses nombreux succès éveillent les gens de la région.

 

Ils se rappelent soudainement que je leur avait vaguement souligné l'existence d'un tel sport. Maintenant, il n'en fallait pas plus pour oublier mon avion. Je repars à l'attaque. Pas pour longtemps. Car l'accident fatal de Peter refroidit les ardeurs et je perds mes "candidats". Je choisis à nouveau le silence.

 

En 1962, après que tout fût calmé, je crois saisir une bonne occasion, lors de l'assemblée annuelle du bureau touristique de Saint-Jovite. Je lance publiquement l'idée d'une piste automobile. Mais les directeurs, eux, verraient mieux des courses de chevaux (!!!). Quelques jours plus tard, une nouvelle dans le journal "La Presse" me jette dans mes émois, on songe à organiser des courses sur l'Ile Sainte-Hélène où la vitesse limite n'est que de douze mille à l'heure.

 

Cette nouvelle mit de nouveau la puce à l'oreille de mes concitoyens qui rappliquent, demandant s'il serait trop tard pour se mettre à l'oeuvre. Toutefois, personne ne veut prendre l'initiative et les opinions demeurent partagées quant à l'utilité de la piste. A ceux qui veulent n'y voir que des Go-Kart, je dis oui, de peur de les perde.

 

L'hiver suivant, nous organisons une course automobile et une course de Go-Kart sur le lac Mercier. Si vous me permettez l'expression, je dirais que la glace était brisée. Le soir même, nous regorgions tous d'optimiste et la présence de Jacques Duval, en tant que maître de cérémonie, donnait un ton officiel à notre rencontre.

 

Restait à trouver l'argent nécessaire. A faire du porte à porte. L'une des personnes sollicitées prend souvent plaisir à me raconter que quand elle me voyait arriver, elle s'enfuyait par la porte-arrière. Ayant découvert son petit jeu, je décidai un jour de m'installer chez lui et l'attendre. N'en pouvant plus, il revient en maugrèant et me lance: "la voilà ta m....part et qu'en en finisse une fois pour toutes".

 

La première compagnie formée, nous étions quatre. Dont trois qui voulaient se battre...pour une piste de Go-Kart de 2/4 de mille ! Quand je leur eu expliqué mon véritable projet, ils réondirent: "si tu veux rêver, rêve seul". et me remirent leur démission. Ce qui signifiait que je devais affronter l'asemblée des actionnaires qui, eux, voulaient ravoir leur argent, puisqu'il n'y avait plus de compagnie.

 

Comment leur expliquer qu'il avait eu des frais....? La solution est

de trouver deux nouveaux directeurs et j'ai la chance de tomber sur des gens qui possèdent des terrains voisins des miens. Je vous avoue, que, pendant ces moments-là, j'ai eu la frousse. Jim Horne, de BP, était venu inspecter les terrains avec l'un de ses ingénieurs et, devant notre mutisme soudain, je craignais qu'il ait perdu confiance.

 

Tout de suite, je me remets au travail. Il faut provoquer l'enthousiasme. Roland Bouchard d'Imperial Tobacco me prête un film sur Mosport et je le présente à l'hôtel de ville où j'ai invite Ross de St.Croix, alors président de MG Car Club. Le soir venu, la salle est vide. Catastrophe !

 

Il me faut une audience. J'entreprends de téléphoner à des amis. Je m'apercois que tous assistent au banquet annuel du club de quilles à la Villa Bellevue. Eh bien, nous irons y montrer le film. Les ventes de boisson ont sans doute baissé pendant quelques minutes ce soir-là, mais je suis certain que les propriétaires se sont repris avec les gens de la course automobile depuis.

 

Étape suivante: établir le coût de la construction. Horne de St.Croix, Norm Namerow, Rod Campbell et John Fitch, dont les services ont été requis par BP, sont là. Mes terrains, ainsi que ceux de Gilles Gratton (du manoir Pinoteau) et de Yvon Dubois parurent les mieux situés aux yeux du spécialiste Fitch. Ce même jour, nous tenons une conférence de presse à Montréal et je dois présenter le projet du Circuit Mont-Tremblant malgré le fait que je ne fusse pas assuré de pouvoir acheter les terrains de Dubois qui est hospitalisé à la suite d'un grave accident automobile.

 

Il faut risquer le tout pour le tout et je jure sur la tête de tout ce qui m'est cher que j'ai les appuis essentiels. Et nous nous rendons jusqu'au printemps 1964 sans trop avancer dans nos projets. Les gens du MG Car M Club doivent prendre des initiatives puisque la

piste de St-Eugène demande à être améliorée. J'apprends qu'ils projetent de l'acheter et, une fos de plus, je me retrouve au pied du mûr.

 

J'implore de St.Croix de m'accorder un dernier sursis de 15 jours avant de faire quoi que ce soit. Tout ce temps, j'attendais que Dubois se remettre de son accident d'automobile pour aller lui faire signer les papiers de vente de son terrain. Maintenant, il fallait y aller...ca a marché. Ca a marché pour les terrains de Dubois, mais comment trouver l'argent pour un projet que j'évaluais à $100,000. A ce moment-là, je faisais partie du Laurentien Resort Association. Mais, quand je veux leur expliquer mon projet, le gérant d'un important hôtel de Sainte-Adèle se lève et, s'adressant au président de l’Assemblée: "Monsieur le président, mon patron me paie un très gros salaire pour travailler sérieusement et je vous demanderais de dire à Monsieur Samson de s'en tenir à l'agenda et ne ne pas nous retarder avec ses rêveries".

 

Bon, comment faire ? Je n'étais pas pour me promener sur la rue, aborder les gens,leur dire: "Bonjour, je suis Léo Samson, j'ai besoin de cent parts de $1,000 chacune..." Je me tournai vers l'Association touristique du Mont-Tremblant-Saint-Jovite et vers la Chambre de Commerce dont Roger Godard et Maurice Paquin étaient les présidents respectifs. Je les convains d'envoyer des invitations-pour une réunion d'urgence-à tous les marchands de la région".

 

Encore là, il me fallait trouver une solution pour qu'on me prête l'argent facilement. En passant sur la rue principale de Saint-Jovite, j'apercois un jeune homme, seul, dans la succursale de la Banque Royale nouvellement établie ici. J'entre et nous parlons d'abord de tout et de rien, sauf de mon projet. Après avoir tâté le terrain, j'entrai dans le vif du sujet en lui faisant miroiter le nombre de nouveaux clients qu'il accueillerait subitement. Sa compagnie accepte  les choses se précipitent.

 

A la réunion, films, montagnes de photographies, discours, appuis de la banque rassurèrent les marchands et je recueille 172 billets de mille dollars. De St.Croix n'en croyait pas ses yeux. D'autre part le projet séduit "Desjardins Asphalt" de Sainte-Thérèse qui accepte de faire les travaux en échange de parts pour un montant de $50,000.

 

Les 172 votants m'élisent président à l'unanimité et nous envisageons la date du 2 août pour la présentation de la Labatt 50. Je dois avouer quand même que mon anxiété disparut seulement le jour où je vis poser la dernière couche d'asphalte. Je me disais constamment: "c'est trop beau, c'est trop beau, il va m'arriver quelque chose". Quel soulagement, par la suite. Un sentiment que je n'arrive pas à décrire. Et quelle surpris pour les gens de la région qui ne purent nourrir et loger tout ce monde environ 50,000 personnes en deux courses.

 

J'aime les défis et je me serais ennuyé si l'année suivante, les gens du Montréal Motor Racing Club (ancien Mg-Car Club) ne m'avaient pas parlé d'allonger la piste afin d'y organiser des courses internationales, d'y faire venir les plus grands noms de la course automobile. Une fois de plus, je vais voir mon ami Anatole Desjardins. J'étais un peu gêné, il est vrai, de lui demander davantage.

 

Mais, une fois de plus, il me fait confiance. Sans lui, nous n'aurions problablemetpas eu de piste. En fin de saison 1965, le prolongement est terminé et peut accueillir les voitures de groupe 7.

 

Peut-être le succès était-il venu trop tôt. Le climat se détériorait. Malgré des profits de plus de $30,000 pour chacune des trois premières saisons. On aurait dit que tout ce que je faisais dorénavant-nous sommes en 1966 - déplaisait. Je comprenais les jaloux et les requins qui voyaient dans le Circuit une bonne occasion de remplir leurs poches.

 

La banque et les créanciers me conservaient leur appui, pourtant, on se mit à faire courir des rumeurs de faillite; puis à suggérer des acheteurs dont je n'aimais pas les manières. Quand même, nous pûmes réunir de nouveaux actionnaires ($10,000 chacun) et nous formâmes la Gestion Laurentide.

 

Des difficultés surgirent avec le club organisateur, qui n'avait pas d'argent, en avait, je ne sais plus, mais qui prétendait ne plus pouvoir payer le loyer. J'ai peine à me rappeler les événements qui ont pourtant fait la manchette des journeaux. Finalement, on allait avoir ma tête: John Wright, président de la Fédération canadienne, retire le permis d'opérer.

 

Les loups dans la bergerie me conseillèrent de ne pas lutter, de me taire, de suivre les directives du club. Me taire, pourquoi ? Je n'avais à rougi de rien. On me suggéra de remettre ma démission. Je prévins les actionnaires que, même si je partais, ils devraient rester sur leurs positions antérieures, sinon ils perdraient de l'argent. Je dus partir et, dites-moi, si depuis ce jour, le Circuit a réalisé des profits. Vous savez que non !

 

Quant à moi, il me fallait désormais payer pour assister à une course. Pendant qu'ils changeaient de promoteurs, de directeurs, de gérants et de tout ce que vous voudrer, le mot d'ordre était de tenir Léo Samson éloigné, de peur de représailles de la part de la Fédération. Pourtant, les disputes se sont multipliées. Je les vois agir et ne peux chasser cette opinion: "It's a rat race ! ".

 

 La course automobile n'a pas voulu de moi, mais je l'aime encore. Je ne regrette pas les sacrifices et je serais heureux de voir, un jour, l'harmonie revenir. Pour les gens du Circuit et pour ceux du Mont-Tremblant.

 

Source : Christian ‘Ti-Gaz’ Genest

                Provenant du livre RPM en 1971