En 1973 : Paul Demers nous quitte.

 

Tous les amateurs de stock-cars du Québec et du nord des États-Unis, connaissent bien Paul Demers, un signaleur qui a évolué sur tous les circuits au cours des vingt-trois dernières années.

 

Policier de profession, Paul Demers étant un homme d'action, a relevé le défi avec brio, soit celui de devenir signaleur dans le domaine du stock-car.

 

Malheureusement pour ce sport, une récente crise cardiaque est venue mettre un terme à sa brillante carrière et Pistes & Circuits considère que cette retraite est prématurée car les bons signaleurs n'existent pas à plusieurs exemplaires au Québec.

 

Afin de vous faire connaitre davantage Paul Demers et aussi avoir ses opinions sur le stock-car, Pistes & Circuits a rencontré Paul Demers pour vous.

 

Q.Bonjour Paul. Quand as-tu fait tes débuts dans le stock-car ?

R.J'ai commencé comme chauffeur en 1950 aux pistes de terre de Rigaud et St-Jérôme. À cette époque, il n'y avait pas de classe et tous ceux qui avaient un bolide de courses pouvaient y participer. Parmi les coureurs avec qui j'ai couru, il y avait George Griffith, les frères Foley, Larry Lebrun et Larry Godin.

 

Q.Combien de temps as-tu été pilote de stock-car ?

R.Environ un an. J'ai abandonné lorsque mon copain Larry Godin s'est tué.

 

Q.Quand as-tu commmencé comme signaleur?

R.L'année suivante, j'ai commencé sur les pistes de terre de Rigaud, Laprairie et Bouvrette.

 

Q.Et pour NASCAR?

R.C'est à Fort Covington que j'ai commencé pour NASCAR. À ce moment-là, j'ai fait la connaissance de coureurs aussi réputés que Ernie Reid, Bill Wimble, Charlie Tremblay et René Charland. Par la suite, je suis revenu au Québec et j'ai fait les ouvertures des pistes Riverside et Fury. J'ai également travaillé durant quatre saisons à la piste de Drummondville.

 

Q.À ce temps-là, as-tu officié des épreuves d'importances?

R.Oui pour NASCAR, j'ai signalé deux "Grand National" à la piste Riverside. Dans ces courses, il y avait Buck Baker, Rex White qui a déjà gagné les 500 milles de Daytona, Jim Reid, Jim Paschal et Lee Roy Yarborough.

 

Q.Où es-tu allé par la suite?

R.Je suis retourné aux États-Unis pour être signaleur aux pistes de Fort Covington et Plattsburg. Il s'agissait de compétitions de la classe modifiée et c'est à ces endroits que j'ai fait la connaisance de Pete Hamilton, Richie Evans, Jerry Cook et du regretté Don McTavish.

 

Q.As-tu été témoin d'accidents mortels au cours de ta longue carrière?

R.Pendant ces vingt-trois années, j'ai vu douze personnes directement reliées au stock-car y laisser leur peau. Il y a eu un nommé Vincent à Riverside, Major à Drummondville et les Vincent, Bélec et Bédard à la piste Fury de Fabreville.

 

Q.Avec quelles associations as-tu travaillé?

R.Au commencement, c'était pour l'Association Laurentienne et par la suite, NASCAR, I.A.R.A., NASCAR Québec, et l'A.C.A.Q.

 

Q.Dans toutes ces années-là, peux-tu dire que le stock-car au Québec a évolué aussi rapidement qu'aux Etats-Unis ?

R.Ah non ! On est 15 ans en arrière. La seule évolution que nous avons eue au Québec au cours des vingt dernières années, a été le changement de modèles de voitures et celà est bien normal, car ca suit le temps. De plus, nous avons les mêmes coureurs que nous avions, il y a quinze ans, c'est-à-dire, les Manny, Loiselle, Cabana, Brochu, Gratton et autres.

 

Q.Quelle en serait la cause ?

R.Je dirais que c'est parce que les chauffeurs ont été tellement exploités et joués par les promoteurs d'antan que les jeunes n'étaient pas intéressés à dépenser $4,000 pour se construire une voiture. C'était toujours la même qui gagnaient.

 

Q.Aux États-Unis, est-ce que c'était le même phénomène?

R.Au tout début, oui, mais NASCAR y a vu et par la suite la bonne jeunesse a été encouragée à se construire des voitures et c'est là que nous avons vu apparaitre des types tels que Pete Hamilton et Duncan McTavish.

 

Q.Crois-tu à l'amélioration du stock-car au Québec?

R.Ce sera long et assez difficile. Lorsque j'ai commencé nous avions de très beaux circuits au Québec, mais on ne peut en dire autant présentement à l'exception de quelques-uns comme Sanair et Québec. La piste Riverside aurait besoin d'être refaite au grand complet, la piste Fury qui était sans contredit la plus belle est disparue, et St-Paul l'Ermite n'existe plus.

 

Q.À qui attribuer la faute?

R.Aux propriétaires naturellement. Ceux-ci ont été plus que négligents et ils ont toujours pensé à faire de l'argent et ils négligent trop le public et le conducteur.

 

Q.Quelle est la plus belle course qu tu as officiée au cours des dix dernières années?

R.La Molson 400 de Sanair. C'a été l'une, je ne dirais pas l'une, mais ici au Canada, ca été la plus belle course. C'était également la première fois que je rencontrais Bill France Jr. J'ai connu son père mais je n'avais jamais rencontré le fils avant cette course.

 

Q.As-tu déjà eu des offres de Daytona?

R.Oui, en 1957 lorsque la piste de Daytona était située sur la plage, j'avais reçu une lettre m'invitant à aller travailler là-bas.

 

Q.Comme signaleur?

R.Je ne peux dire car la lettre ne me mentionnais pas mais je crois que c'était plutôt comme assistant.

 

Q.À ton avis, quel est le conducteur qui promet le plus au Québec?

R.Je dois avouer franchement qu'aucun nom ne me vient à l'esprit. Le seul qui aurait pu aller courir dans le Grand National un temps, cela aurait été Jean-Paul Cabana. Aujourd'hui son âge est devenu un handicap, je crois que c'est le seul conducteur Québécois qui aurait pu faire belle figure.

 

Q.Et Denis Giroux ?

R.Denis est maintenant considéré comme un Américain. S'il veut parvenir un jour dans la série Grand National, il se doit de rester dans le sud, c'est-à-dire la Virginie et la Caroline du Nord et du Sud. Si on croit en son talent, quelqu'un lui donnera certainement sa chance.

 

Q.En terminant, quelles sont les qualités que doit avoir un bon signaleur?

R.Il doit avoir un bon jugement, de l'expérience des courses, connaitre très bien les règlements, être juste et honnêtre envers tous les coureurs, attentif et savoir prendre ses responsabilités même si parfois c'est très difficile dans ce domaine-là. Il faut également qu'il soit assez spectaculaire.

 

Spectaculaire, Paul Demers l'a certainement été. Ce type a toujours pris son rôle au sérieux et même si quelques fois, il a été critiqué, nous sommes convaincus qu'il a toujours fait son travail honnetement. L'erreur est humaine et que ceux qui lui ont déjà lancé la première pierre fassent un petit examen de conscience et nous sommes certains qu'il verront eux aussi parfaits qu'ils le pensent.

 

Paul Demers n'est plus signaleur et c'est regrettable. Cependant, il assiste aux courses en compagnie de sa petite famille et il fait bon de le revoir à chaque fois que l'occasion se présente.

 

Malheureusement pour ce type qui a consacré vingt-trois ans de sa vie dans le stock-car, qui a même parfois sacrifié sa vie familiale pour ce sport, personne tant aux États-Unis qu'au Québec n'a songé à lui faire une petite fête pour le remercier de ces vingt-trois années fort bien rempli.

 

C'est bien dommage et Paul Demers ne pourra s'empêcher de penser à l'ingratitude du métier de signaleur. S'il avait été coureur, celà aurait peut-être été autre chose...

 

Source Journal Pistes & Circuits 1973.

 

Source : Envoyé par Christian ‘Ti-Gaz’ Genest